Les économistes et les banquiers n'y croient pas : "Il n'y a pas de lien direct entre les décisions de la BCE, qui concernent les taux à court terme, et les crédits à l'habitat, de long terme", observe Olivier Eluere, économiste au Crédit agricole.
Pour plusieurs raisons, les banques ne répercutent pas forcément sur leurs clients le renchérissement de l'argent qu'elles se procurent sur le marché. Elles mobilisent leurs propres ressources, notamment les dépôts des particuliers. Ensuite, elles sont engagées dans une bataille commerciale sur le crédit à l'habitat, outil de conquête de clientèle, et préfèrent donc comprimer leurs marges plutôt que risquer de ralentir leur activité.
Selon la Banque de France, les banques ont, au cours du troisième trimestre, consenti des crédits à un taux moyen de 3,91 % (soit 4,62 % frais inclus), contre 3,41 %, un an plus tôt (3,85 % avec frais). L'augmentation est donc réelle, mais le niveau des taux est encore inférieur à ce qu'il était fin 2004.
"Le freinage très graduel des prix de l'immobilier, depuis le début 2006, n'est pas dû aux conditions de crédit mais à la désolvabilisation de la clientèle", estime M. Eluere.
Les Français restent, en outre, majoritairement emprunteurs à taux fixe, ce qui les met à l'abri des mouvements de taux, contrairement aux Britanniques et aux Espagnols, qui choisissent le taux variable dans plus de 80 % des cas. 36 % des emprunteurs choisissaient, au printemps 2006, le taux variable mais, conséquence des hausses successives, ils ne sont plus que 25 % dans ce cas. Les emprunteurs à taux variable vont, en 2006, subir une hausse d'un demi-point de leur taux, ce qui, pour un emprunt de 150 000 euros sur vingt ans, alourdit chaque mensualité de 40euros.
"Malgré le niveau des prix et les conditions de crédit un peu moins bonnes, je suis surpris par la résistance des acheteurs et par les volumes surprenants de crédits consentis, qui atteignent 565 milliards d'euros, en septembre, soit 15,5 % de plus, en un an", reconnaît Laurent Quignon, chargé de l'économie bancaire à BNP Paribas.
Pour réaliser leurs projets, les accédants à la propriété n'hésitent pas à accepter des crédits plus longs (jusqu'à 35 ans) et à réduire leurs ambitions initiales, en achetant plus petit ou dans des localités moins chères.
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